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Article Bâtiment entretien “L’Écolabel européen peut-il séduire les entreprises de propreté?”

Depuis le 2 mai dernier, le nouveau label écologique européen « Services de nettoyage intérieur »est accessible aux entreprises de propreté. L’opportunité de pouvoir apposer un label sur ses prestations, comme c’est déjà le cas depuis vingt-cinq ans sur des produits et des biens de consommation, va-t-elle séduire les entrepreneurs du secteur ? Si, à ce jour, les sociétés écolabelisées ou en voie
de l’être se comptent sur les doigts d’une main, la démarche pourrait intéresser des PME qui veulent donner plus de visibilité à leurs bonnes pratiques et à leur engagement écoresponsable.

Depuis quelques mois, les entreprises européennes de propreté sont éligibles à un nouveau label écologique «Services de nettoyage intérieur». En France, une première entreprise, Regio Nettoyage a été certifiée cet été, d’autres sont en cours d’évaluation par l’Afnor. Si la démarche semble intéresser des PME, déjà très actives dans des pratiques écoresponsables, ce nouveau label paraît bien éloigné des préoccupations des majors du secteur qui sont le plus souvent engagées dans des pro- grammes de développement durable et de RSE qui leurs sont propres. Quel peut donc être le bénéfice pour les entreprises de propreté et leurs clients? Ont-elles vraiment besoin de cette re- connaissance ? Pour les deux entreprises que nous avons rencontrées la réponse est «oui», même si le parcours de certification, encore peu rodé, mérite de s’améliorer.

ECHOPROPRE VEUT QUE SES PRATIQUES SOIENT RECONNUES

«Prendre soin de l’homme et de son environnement». La devise de la société créée en 2013 par Aurélien Dulcy, donne bien le ton, même s’il est toujours plus prudent de vérifier la solidité des enga- gements à l’heure où l’écoresponsabilité devient un argument marketing largement utilisé. « J’étais banquier depuis dix ans, mais j’étais arrivé à un stade où je voulais entreprendre » lâche un brin provocateur le jeune chef d’entreprise qui a d’abord fait ses armes dans le giron du groupe Azurial. « J’ai créé la filiale bordelaise du groupe en 2013. Ils m’ont appris le métier et bien accompagné puis, en 2018, nous avons décidé de nous séparer. Inspiré par le réseau CJD (Centre des jeunes dirigeants), j’avais envie d’aller au bout de mon projet, celui d’une entreprise de nettoyage qui a du sens, complètement écoresponsable, en allant au-delà de la seule utilisation de produits verts, ce que tout le monde peut faire. Je voulais que nos pratiques respectueuses de l’homme et de l’environnement soient reconnues, et que les clients ne viennent pas vers nous par défaut mais par choix. Un peu utopique sans doute, mais ce défi m’allait bien » complète Aurélien Dulcy qui a ouvert, il y a trois ans, une deuxième agence à Toulouse.

Le dirigeant d’EchoPropre, qui compte un peu plus de 60 salariés et réalise 1,4 M€ de chiffre d’affaires s’est immédiatement reconnu dans la démarche de certification Écolabel européen des entre- prises de propreté. « Je voulais même être le premier à avoir le la- bel, » confesse le chef d’entreprise. Mais c’était sans compter sur la réactivité et la longue expérience de la société alsacienne !

15 K€ SUR TROIS ANS POUR LA CERTIFICATION

Qu’à cela ne tienne, il sera numéro 2 en France, promis juré. Romain Bouyssoux, à la tête de son cabinet spécialisé en accompgnement et formation, est à ses côtés pour monter le dossier et assurer les formations du personnel, cinq salariés à Bordeaux et cinq à Toulouse dans un premier temps. « J’ai essayé de monter le dossier tout seul, mais c’était trop chronophage et complexe d’un point de vue administratif. Je pense aussi que nous essuyons un peu les plâtres et que les choses vont devenir plus simples et plus fluides au fil du temps. C’est de toute façon une démarche qui engage l’entreprise, ses salariés et ses parties prenantes, à la fois d’un point de vue économique, puisque j’évalue à environ 15 k€ le coût global de la certification sur trois ans et surtout d‘un point de vue social et sociétal. C’est la raison d’être de l’entreprise » note Aurélien Dulcy. L’entreprise sera accompagnée par la région Aquitaine après une sollicitation sans résultat auprès de l’Ademe.

CERTIFIÉE ET APRÈS?

Même si l’entreprise est jeune, EchoPropre et l’ensemble des salariés qui la composent connaissent leurs fondamentaux en matière de nettoyage écoresponsable et d’engagement RSE. « À
son arrivée, chaque nouveau collaborateur bénéficie d’un parcours d’intégration. Nous lisons avec lui son livret d’accueil (pour la culture et les valeurs de l’entreprise), le règlement intérieur et
un guide d’utilisation des produits. Les factures et les payes sont dématérialisées, le contrat de travail le sera prochainement. Par ailleurs, lors du recrutement nous demandons à nos futurs colla- borateurs de maîtriser la langue, d’avoir leur propre adresse mail ainsi qu’un téléphone portable» énumère Marie Flory, chargée
de clientèle à Toulouse qui assure aussi le suivi et l’accueil des nouveaux entrants avec sa collègue Oumayma Ait Nasser. Pour les responsables d’EchoPropre, la qualité de vie au travail passe aussi par la mise à disposition d’outils simples, efficaces et durables. Les agents travaillent avec des produits sans CMR ou écolabelisés chaque fois que cela est possible, et ils sont formés aux méthodologies respectueuses de l’environnement. L’amélioration continue comme la réflexion sur la mécanisation est permanente et accompagnée par la Carsat qui peut proposer des aides financières pour l’achat de solutions diminuant les risques de TMS ou d’accidents du travail. «Au niveau de l’exploitation, nous travaillons partielle- ment en télétravail, avec un logiciel SAAS, Pegase, et utilisons Dropbox pour permettre aux encadrants et à leurs équipes d’avoir accès en temps réel sur smartphone aux différents documents liés à leur prestation. De même, pour simplifier la vie des salariés lors de leurs tournées, nous leur donnons accès à une application de paiement de stationnement associée à la carte bancaire de l’entre- prise. Nous avons une flotte de 12 véhicules aux normes Euro 6, nos agents sont formés à l’écoconduite et nous recherchons actuellement un deuxième agent cycliste pour développer des tournées à vélo biporteur ! » conclut Aurélien Dulcy.

Les conditions pour satisfaire à l’Écolabel européen

Jusqu’à présent, plus d’une cinquantaine de produits ou familles
de produits bénéficiaient de cette reconnaissance, et seulement quelques services, liés notamment aux activités touristiques (accueil, hébergements, campings…). Désormais, les entreprises de propreté qui souhaiteront bénéficier de ce label devront satisfaire à sept critères obligatoires :
> Utiliser des produits à faible incidence environnementale.
>Utiliser des produits microfibres.
> Respecter le dosage des produits.

> Former le personnel.
> Avoir les bases d’un système de management environnemental.

Trier les déchets solides.
> Respecter les informations figurant sur le label écologique de l’UE. L’entreprise devra également respecter plusieurs critères optionnels (certification MASE, qualité
des matériels, consommables…) qui lui permettront d’obtenir les 14 nécessaires à la validation de l’Écolabel européen. En France, le ministère de l’Environnement a confié l’accompagnement de la politique en matière de déploiement de l’Écolabel européen à l’Ademe et sa délivrance à Afnor Certification.

Écolabel européen ou référentiel RSE

En parallèle de la mise en place de l’Écolabel européen pour les entreprises de propreté, la profession travaille sur le principe d’un référentiel RSE. «Il s’agit d’écrire et de proposer aux entreprises de propreté un référentiel RSE basé sur l’ISO 26 000 qui serait contrôlé par un organisme certificateur externe, en l’occurence l’Afnor. Ce travail devrait être réalisé tout au long de l’année 2020 » confirme Clément Heinrich, membre du groupe de travail et qui compte parmi les pionniers du développement durable au sein de la FEP.